DSK et son épouse Anne Sinclair, à la sortie du tribunal./Photo AFP

Suite à ce que l’on appelle depuis deux mois « l’Affaire DSK », Dominique Strauss Kahn n’est plus apparu, dans les sondages, comme un candidat potentiel, et n’a d’ailleurs plus été « testé » par les instituts de soindage. Toutefois, on peut essayer d’entre apercevoir ce qu’il reste de son immense popularité de l’avant Sofitel. D’abord, selon Harris, 49% des français veulent son retour en politique. On rappelle que les sondages le créditaient de 59% d’intentions de vote avant l’affaire. Alors, oui ces deux sondages ne sont pas comparables directement, mais il laisse un bon espoir pour Dominique, s’il était candidat, de reconquérir les sommets dans les sondages.

Avec l’affaire, c’est la vie de l’ex directeur général du FMI qui a été disséqué dans les médias. Qu’en restera-t-il en 2012, s’il était candidat toujours, au moment de voter ? Les Français, et pas seulement eux, ont tendances à oublier ce qui a pu les choquer, ou les révolter un an avant. La preuve en est l’élection de Nicolas Sarkozy, qui en 2006 était assez loin dans les sondages à cause de sa politique de ministre de l’intérieur.

Romain Pigenel, sur son blog Variae, fait une analyse des marges de manoeuvres dont disposerait Dominique s’il présentait sa candidature. Je vous en propose un extrait :

Sur l’argent d’abord. Mon point de vue (que les lecteurs de ce blog connaissent bien) est le suivant : non seulement il faut, en droit et par principe, distinguer la richesse personnelle des prises de position politique (au moins jusqu’à preuve du contraire), mais en outre, je crois les Français beaucoup plus souples sur ce point que le pensent nombre de moralistes à la petite semaine, de même qu’une certaine gauche puritaine, qui confond ses propres obsessions avec l’opinion populaire. On aime à répéter que l’échec de Sarkozy est celui du « bling bling » (ce mot-valise qui veut et tout rien dire) et que par conséquent il est impensable, aujourd’hui, qu’un homme politique puisse gagner des élections en ayant fait connaître une fortune personnelle, et assumé un mode de vie en conséquence. Je pense pour ma part que c’est l’échec politique de Sarkozy qui a conditionné le désamour progressif à l’égard de sa personne et de son mode de vie (faut-il rappeler qu’il a été élu « avec » cette personne et ce mode de vie?) ; eût-il réussi son mandat, qu’on ne lui en aurait pas fait grief. Conjointement, un candidat reconnaissant sa fortune personnelle, sans exagérer inutilement dans la provocation bien entendu, peut à mon sens tout à fait obtenir la confiance des électeurs, SI ces derniers le créditent des compétences et du projet nécessaire à la réussite du pays. Un point pour DSK.

Sur le rapport aux femmes ensuite. Sauf nouvelle accusation crédible et fondée, il resterait, dans l’hypothèse qui est la nôtre, bien peu d’éléments tangibles pour nourrir des attaques sur ce point. Par ailleurs on a entendu tout le monde à ce sujet, sauf le principal intéressé. Il faudrait qu’il vienne s’expliquer dans un grand moment télévisé, type JT de 20H00. Je vois mal comment un homme revendiquant la liberté de vivre sa sexualité et son couple comme il l’entend, dans la France telle qu’elle est, pourrait s’attirer la défiance ou le discrédit général. Poussons même un peu plus loin : d’une certaine manière, et paradoxalement, on pourrait même dire que l’épisode new-yorkais lui aurait été bénéfique. Pourquoi ? Parce que l’épée de Damoclès qu’agitaient à mi-voix depuis des mois ses adversaires à droite – nous avons des dossiers, des histoires de coucheries, on va les sortir – aurait été purgée en même temps que l’affaire du Sofitel. La vie de DSK ayant été fouillée et mise à nu, sans qu’aucune accusation valable ne puisse être retenue, il gagnerait une sorte de sauf-conduit sur le sujet ; plus encore, toute tentative d’agiter d’autres rumeurs se retournerait potentiellement contre ses auteurs, et passerait pour de l’acharnement. On peut appliquer le même raisonnement au train de vie : dans notre hypothèse, DSK aurait vécu en quelques semaines le condensé de toutes les attaques possibles par la suite, et en serait protégé par l’énormité et la violence du traitement subi.

Comme le dit Romain Pigenel, les « dossiers », que l’UMP menaçait de sortir, sont déjà tous publics. De ce point de vue, les attaques sur la morale de Dominique seraient assez réduites, puisque déjà faites. Ensuite, comme le dis Roland Cayrol, directeur de recherche FNSP au Cevipof, Dominique Strauss Kahn innocenté disposerait, durant plusieurs mois, d’une « aura » qui le protégerait de toutes les attaques sur cette affaire et ce qui l’entoure, qui seraient jugées comme malhonnêtes, et seraient alors contre productive pour le camp opposé. D’ailleurs, sur son blog, Romain Pigenel a une analyse similaire :

Il y a, encore, le puissant ressort du sentiment d’injustice. Un DSK lavé de ses accusations, et dont il finirait par ressortir dans l’opinion qu’il a été quasiment tué politiquement (si ce n’est humainement) par un emballement médiatico-judiciaire infondé, pourrait bénéficier d’un sentiment d’empathie à la hauteur de la profonde répulsion initialement ressentie, et des suspicions de complot qui ne manqueraient pas de (re)fleurir. Il sortirait en outre humanisé de l’affaire, qui aurait permis l’atterrissage (certes chaotique) depuis l’exil américain, lointain et hautain.

Enfin, ce passage dans le commissariat de New York, son humiliation médiatique, puis son passage à Rikers Island peut être interprété comme le fait que aussi riche qu’il soit, il est un justiciable comme les autres, au même titre que les citoyens qu’il tenterait de convaincre. Ce serait aussi un bel exemple de reconstruction : peu importe, les attaques, et les accusations dont il a été victime, il montrerait alors qu’une fois innocenté, il a pu gagner une importante élection.

Ajoutons à cela que les événements des dernières semaines ont pu être ressentis comme une humiliation nationale, et qu’il pourrait y avoir chez les Français une envie, plus ou moins consciente, d’inverser radicalement la vapeur pour laver cette humiliation … en en remettant la victime/responsable à sa place initiale.

Bref, s’il en a l’envie et la possibilité technique (cette dernière condition semble de plus en plus se confirmer), il pourrait bien être, encore, le meilleur candidat socialiste face à Nicolas Sarkozy en 2012.

DSK : Que reste-t-il de son incroyable popularité ?
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